Frédéric Cochelin
Frédéric Cochelin est formateur en boucherie au CFA Interpro28 depuis 2021 et ancien apprenti. Dans ce portrait, il nous livre les différentes étapes qui l’ont mené au métier de formateur, son expérience en tant que jury des MAF 2025, et sa vision du métier de Boucher.
F. Cochelin – Crédit photo Eurolam
CFA Interpro28
Quel a été ton parcours de formation ?
Frédéric Cochelin
Après un brevet des collèges obtenu de justesse, j’ai intégré le CFA Interpro28 à l’âge de 16 ans pour suivre un CAP Préparateur en produits carnés. A 18 ans, j’ai décidé d’entrer pleinement dans la vie professionnelle avant de reprendre le chemin de l’école cinq ans plus tard, à l’Ecole Nationale Supérieure des Métiers de la Viande (ENSMV) de Paris, pour y préparer un Brevet Professionnel Boucher. Durant mon CAP, j’ai été formé par Monsieur Julien de la Boucherie Julien, et lors de mon BP, j’étais encadré par Monsieur Charron (père) de la Boucherie Dynamique, deux boutiques réputées de Chartres.
CFA Interpro28
Quels postes as-tu occupé dans ta carrière ?
Frédéric Cochelin
A la suite de mes années d’apprentissage, j’ai été Boucher dans des boucheries artisanales, sur les marchés, dans un abattoir de lapin et dans la grande distribution durant près de 15 ans. En 2017, j’ai évolué du poste de Boucher à celui de Responsable adjoint du rayon boucherie d’Intermarché Chartres, avant de devenir Responsable boucherie d’Intermaché Mainvilliers. En 2019, je suis devenu Directeur adjoint du point de vente, puis Directeur.
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Quel a été le déclic qui t’a donné envie de devenir formateur ?
Frédéric Cochelin
Le choix de devenir formateur s’est opéré lors d’un changement dans ma vie familiale. Mais au-delà de cela, je trouvais que le métier de formateur faisait écho à ce qui m’anime toujours aujourd’hui : la transmission de savoir. Trois personnes m’ont beaucoup inspiré et ont marqué ma carrière : Monsieur Dhommée, formateur au CFA ; Monsieur Julien, mon maître d’apprentissage ; mon oncle Didier Cochelin, boucher installé à Lucé. Et comme ces trois personnes l’ont fait à mon égard, je souhaitais apporter quelque chose aux jeunes en formation et au métier, quitte à perdre en niveau de salaire.
CFA Interpro28
Quel est ton plus beau souvenir en tant que formateur ?
Frédéric Cochelin
N’en choisir qu’un est clairement mission impossible. Pour autant, la remise de diplôme en fin d’année, en la présence des jeunes, des maîtres d’apprentissage et des familles est vraiment quelque chose que j’adore car cet événement vient célébrer et récompenser l’accompagnement des apprenants durant leurs deux ou quatre ans d’apprentissage. Aussi, la participation aux concours de Charolles (71), l’un des plus importants concours de boucherie européens, avec les apprentis est toujours un beau moment, peu importe le classement final.
CFA Interpro28
Qu’est-ce qui te permet de maintenir ton niveau d’expertise face aux évolutions constantes du métier ?
Frédéric Cochelin
Tous les ans, je bénéficie d’une formation à l’ENSMV pour me maintenir à niveau en tant que formateur. La présence aux concours est aussi bénéfique pour découvrir de nouvelles techniques, d’autres façons de travailler que je teste par la suite et transmets aux jeunes. Les échanges avec les apprentis sont aussi importants car ils permettent de voir ce qu’ils apprennent en entreprise et s’inspirer des meilleures techniques.
CFA Interpro28
Peux-tu nous raconter ton expérience de membre du jury de la finale nationale d’un des Meilleurs apprentis Bouchers de France (MAF) 2025, à Barbezieux (16) ?
Frédéric Cochelin
C’était exceptionnel !
Je suis arrivé au concours avec une certaine appréhension car au milieu de Meilleurs Ouvriers de France, de Présidents de syndicat de la boucherie, de Champions du monde de boucherie, je craignais de ne pas être à la hauteur et d’entacher ma réputation personnelle et celle du CFA. Mais en échangeant avec les autres membres du jury, j’ai pris conscience que l’appréhension était collective. Une solidarité s’est naturellement instaurée dans les jurys, nous mettant en confiance et nous permettant de nous sentir légitime.
Le week-end a été épuisant mais il a été l’occasion d’élargir mon réseau professionnel, d’enrichir mes compétences et de mettre en avant le CFA.
J’ai adoré cette aventure. C’était une chance de pouvoir y participer. Je me suis senti utile à la cause du métier de Boucher. Je suis prêt à le refaire dès que possible !
CFA Interpro28
Quels sont les trois qualités indispensables qu’un apprenti boucher doit impérativement avoir acquis en sortie de formation ?
Frédéric Cochelin
Un Boucher doit être « courageux » car le métier est exigeant et nécessite d’être opérationnel tôt le matin et sur des périodes de fête. Il doit aussi être « consciencieux » dans son travail de découpe et de préparation. Enfin, il doit être « respectueux » des collègues et des clients bien sûr, mais aussi des produits qu’il travaille, car en tant que dernier maillon de la chaîne de production, le boucher se doit d’être respectueux du travail de l’éleveur et de ses bêtes.
CFA Interpro28
Qu’est-ce que tu enseignes aux apprentis qui n’est pas dans le référentiel des diplômes ?
Frédéric Cochelin
La mise en valeur des viandes est importante, aussi bien pour les concours que pour la vente en vitrine. J’y attache une réelle importance.
Aussi j’aime parler aux apprentis des concours de Meilleurs Ouvriers de France (MOF) et de l’excellence à la française car les jeunes ont besoin de modèle et de connaître les personnes qui ont prouvé leur valeur dans le métier. D’ailleurs, j’aimerais faire intervenir un MOF ou un champion du monde au CFA pour capter davantage l’attention des jeunes, leur apporter des conseils et leur donner un regard différent sur le métier.
Enfin, j’aborde la partie « gestion d’équipe » en constituant des groupes dans lesquels un apprenti doit assurer le management. Cela les responsabilise et favorise la cohésion d’équipe.
CFA Interpro28
Quel est le secret des bons taux de réussite en CAP Boucher chaque année au CFA Interpro28 ?
Frédéric Cochelin
L’accompagnement. Avec mon collègue formateur Sylvain Thery, on prend le temps d’écouter les jeunes et d’échanger avec eux. On connait chacun d’eux et quand il y en a un qui ne va pas bien pour des raisons familiales, de cœur ou d’entreprise, on sait être à son écoute. Ça les met en confiance et ça permet de mieux les préparer aux examens.
CFA Interpro28
Comment imagines-tu le métier de formateur en boucherie dans 10 ans ?
Frédéric Cochelin
J’imagine les outils numériques prendre une place plus importante dans l’apprentissage. On ne remplacera pas la viande par le numérique mais ce dernier va permettre de mieux illustrer le contenu de nos formations et le rendre plus ludique.
Aussi, on voit les habitudes de consommation changer. On consomme moins de viande mais de meilleure qualité. Ainsi, de nouvelles tendances émergent, avec davantage de produits élaborés et festifs. Si on veut suivre ces nouvelles tendances, il va falloir adapter les contenus de formation.
